Camille Henrot


  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue
  • Grosse Fatigue

Grosse Fatigue

Vidéo (couleur, sonore), 13 min
© Camille Henrot
Courtesy the artist, Silex Films and kamel mennour, Paris

In the beginning there was no earth, no water – nothing. There was a single hill called Nunne Chaha. In the beginning everything was dead. In the beginning there was nothing; nothing at all. No light, no life, no movement no breath. In the beginning there was an immense unit of energy.

In the beginning there was nothing but shadow and only darkness and water and the great god Bumba. In the beginning were quantum fluctuations. Extraitde « Grossefatigue »

« Notre question devient ainsi clairement la question de l’expérience impossible ou de l’expérience de l’impossible:une expérience soustraite aux conditions de possibilité d’une connaissance finie, et qui soit pourtant une expérience. » Citation extraite de« La Création du monde Ou la Mondialisation  »(2002) de Jean-Luc Nancy

Raconter l’histoire de la création de l’univers, telle est le défi que Camille Henrot s’est donné avec Grosse Fatigue. Grosse en effet est la fatigue de celle qui, à l’image du titan Atlas, s’est elle-même condamnée à devoir porter tout le poids du monde sur ses seules épaules. Mais les sombres fardeaux solitaires ne sont-ils pas destinés lorsqu’ils sont manipulésparunartisteàdeveniraussilégers,beauxetfragilesqu’unebulledesavon ?Tenirlemondedanslecreuxde sa main... flottant sans effort à la surface de la paume comme si, par l’entremise de discrets pouvoirs magiques, l’artiste avait réellement pu ressusciter du fond des âges la jeunesse de l’humanité, aube magistrale que l’on croyait trop lointaine pour pouvoir être encore aperçu mais captivant néanmoins toute notre attention aussi facilement qu’une lanterne magique le regard d’un enfant.

La colonne vertébrale de Grosse Fatigue est un long poème déclamé en spoken word ce mode d’expression typique utilisé à bon escient dans les années 70 par le groupe musical new-yorkais The Last Poets. Il mélange dans un joyeux syncrétisme l’histoire scientifique avec des récits de la Création appartenant aussi bien aux traditions religieuses (hindou, bouddhiste, juif, chrétien, islamique...), hermétiques (Cabbale, Franc Maçonnerie...) qu’orales (celles des peuples Dogons, Inuït, Navajo...). A l’arrière plan visuel de cette oraison enflammée, Camille Henrot opère ce qu’elle appelle un « dépliement intuitif du savoir» à travers une série de plans dévoilant les trésors renfermés dans les prestigieusescollections du Smithsonian Institute de Washington1, plans eux-mêmes travaillés de l’intérieur par des images capturées sur internet et des scènes tournées dans des lieux aussi différents qu’une animalerie ou un intérieur domestique et qui apparaissent comme des pop up à la surface de l’écran. Grosse Fatigue ne prétend pas bien sûr produire une quelconque vérité objective. Tenter de com - prendre (to grasp = to comprehend) en treize minutes une masse infinie d’informations qui demeureront par définition toujours en excès est un exercice relevant plutôt de ce que Walter Benjamin appelait en termes psychiatriques « un délire du groupement ». « Dans ma vidéo, explique l’artiste, la volonté d’universaliser les savoirs s’accompagne de la conscience que j’ai de cet acte. C’est-à-dire qu’au moment même où j’aspire à rendre le monde habitable par le biais d’une totalisation subjective, je sais en même temps la folie de cette tentative ainsi que ses limites intrinsèques. Dès lors que l’on pense avoir déployé et circonscrit tout son univers à l’intérieur d’un seul et unique paysage, la seule question, inévitablement, qui vaille, travaille et tenaille sans relâche l’esprit n’est-elle pas en effet celle-là même par laquelle Jonas CohnconclutsonHistoiredel’infini(1896) :« Maisau-delà,qu’y-a-t-il? » (=Whatistherebeyondthelimit?)"2

© JonathanChauveau

 

1. The Smithsonial Institution est le plus grand complexe muséal et scientifiques au monde. Dans le cadre du Smithsonian Artist Research Fellowship, Camille Henrot a été autorisée à filmer les collections des départements suivants : les Smithsonian Archives of American Art, le Smithsonian National Museum of Natural History et le Smithsonian National Air and Space Museum

2. History of speculative thought, 1896 Jonas Cohn. (my translation )

 

 ---

Musique originale de Joakim
Voix : Akwetey Orraca-Tetteh
Texte écrit en collaboration avec Jacob Bromberg
Producteur : kamel mennour, Paris ; avec le soutien du Fonds de dotation Famille Moulin, Paris
Production : Silex Films
Film présenté dans le cadre de l’exposition “Il Palazzo Enciclopedico (The Encyclopedic Palace)”, 55e Biennale de Venise, 2013
Projet développé dans le cadre du Smithsonian Artist Research Fellowship Program, Washington, D.C.
Remerciements particuliers aux Smithsonian Archives of American Art, the Smithsonian National Museum of Natural History, and the Smithsonian National Air and Space Museum